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Miyazaki Mieko : un vent de tradition à la MILC de Lyon
Date: 2016.04.04
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Artiste:   Miyazaki Mieko  
Date: 2016.04.04
Image © Nippon Project - Université Jean Moulin Lyon 3
Depuis l'année 2014-2015, la littérature d'un pays est mise en avant dans le cadre du prix Caméléon à l'université Jean Moulin Lyon 3. Ce prix récompense l'auteur et le traducteur d'un roman élu par un jury de 100 étudiants parmi 4 oeuvres. Cette année, c'est la littérature du Japon qui a été mise à l'honneur. Lors de la soirée de remise du prix, décerné cette année à Ekuni Kaori et Patrick Honnoré pour le roman Dans la barque de Dieu, le public présent dans l'amphithéâtre de la Maison Internationale des Langues et des Cultures de Lyon, a pu assister à un concert unique : celui de Miyazaki Mieko, interprète mondialement connue de musique traditionnelle japonaise, et plus particulièrement de koto et de shamisen. Retour sur ces 30 minutes de voyage au Pays du Soleil Levant.

La remise du prix Caméléon vient de s'achever. Les différents acteurs de la soirée quittent la scène pour laisser place à Miyazaki Mieko, en kimono, et à son instrument que beaucoup découvrent pour la première fois : le koto. Après des applaudissements, c'est le silence qui règne dans l'amphi. Soudain, les mains de l'artiste se mettent à parcourir les cordes de l'instrument et les notes s'élèvent dans la salle. On est alors immédiatement transporté dans un autre monde. Le temps s'arrête. Dès les premières secondes, nous quittons Lyon, la ville, la France, pour nous retrouver en plein coeur des contrées du Japon traditionnel. Le geste de la kotoïste est précis et fait varier l'intensité de la musique. A travers cette musique intitulée Hachi gatsu, on a tantôt l'impression d'entendre des gouttes de pluie, tantôt le vent qui se lève. Après ces quelques minutes de voyage, l'artiste, qui réside en France et parle français, prend la parole : "Merci beaucoup ! Je suis très honorée d'être ici. J'ai sorti un disque il y a presque dix ans. Cette chanson que je viens de jouer est formée à partir d'un poème de Yosano Akiko.". Elle annonce ensuite la prochaine musique, Roku dan, le plus ancien morceau de koto (tout du moins, le plus ancien qui ait été transcrit sur une partition, au XVII siècle). "Ce ne sera qu'un extrait ce soir, car c'est un morceau très long, d'une époque où il n'y avait ni voiture, ni ordinateur." Après ces quelques mots, les notes de ce que l'on compare souvent à une harpe (bien qu'il s'agisse bien de deux instruments tout à fait distincts) s'élèvent de nouveau. Il s'agit du même instrument que pour la musique précédente, et pourtant l'atmosphère est complètement différente, les notes plus graves. On est cette fois transporté à l'époque d'Edo (1603 - 1867). Les notes, relativement lentes, semblent raconter une histoire, quand soudain elles s'accélèrent, comme à l'approche d'un danger imminent. Miyazaki Mieko semble disparaître derrière son instrument, ou ne faire qu'un avec lui. Les mouvements délicats de ses mains sont comme absorbés par l'instrument qui paraît soudain imposant.

Après ce second air, la musicienne prend de nouveau la parole : "Merci beaucoup ! Peut-être que cela semble symbolique parce que la musique n'explique rien. Je vais maintenant vous jouer une musique impressionniste du début du XXe siècle. Vous connaissez le cri-cri ? Le cri du grillon. Au Japon, on dit que le grillon chante. La musique que je vais interpréter exprime ce chant. C'est une musique d'un grand kotoïste, le Chopin du koto." Dès lors que le son de l'instrument à cordes retentit de nouveau dans l'amphi, le public est de nouveau emporté dans un autre monde, un monde encore différent des deux précédents. Le morceau est assez surprenant. Quand on croit le saisir, il nous échappe de nouveau. Il passe de notes douces à des sonorités aiguës presque annonciatrices d'un mauvais augure, à l'image des violons grinçants du cinéma d'épouvante. Le morceau est composé de cette alternance de douce lenteur et de grisante rapidité, de légère joie de vivre et d'inquiétante anxiété. La musique nous emporte en même temps qu'elle nous dépasse, nous prend par la main pour nous lâcher au sommet. C'est après un dernier élan, une dernière accélération, qu'elle s'achève. La surprenante découverte de la variété des possibles offerts par cet instrument continue. "Je vais interpréter un morceau du XVIIIe siècle avec un poème du Xe siècle de l'époque Heian. Je vais chanter au milieu tout à coup avec une voix particulière, donc n'ayez pas peur !" Sur ces paroles éveillant davantage encore la curiosité du public, l'instrumentaliste recommence l'exécution de notes lentes, comme des bruits de pas. Tout à coup la musique s'accélère de nouveau, des notes graves viennent se mêler aux aigus. S'ensuit une alternance entre une mélodie rapide et un air plus lent. Puis l'artiste se met à chanter, lentement, avec une sonorité traditionnelle. La voix de l'interprète s'élève dans l'amphi, résonne, nous transporte. L'instrument s'en fait presque oublier tellement le chant est puissant et profond. Comment ne pas en avoir des frissons ? Cet instant sera finalement relativement court, et pourtant, bien qu'on en voudrait plus, on se sent rempli. Bien que la sensation de trop peu ne se fasse pas ressentir, on en voudrait plus. Il faudra néanmoins se contenter de ces quelques secondes/minutes de chant si puissant.

"Merci beaucoup ! Peut-être que vous avez soif, alors c'est le dernier morceau. Il y a dix ans, je suis arrivée en France, et je ne parlais pas français. J'avais donc beaucoup de difficultés, non pas avec le pays, mais pour parler. J'habitais à Bordeaux et j'étais souvent au bord de l'océan. Mais je déprimais. Alors j'ai composé avec l'océan." C'est sur ces quelques mots que nous livre l'artiste que commence le cinquième et dernier morceau de la soirée, West by South West. Une certaine légèreté se fait sentir, contrastant ainsi avec la musique précédente et la voix profonde de l'artiste dont les échos résonnent encore en nous. Les auditeurs sont une dernière fois emportés dans un autre univers, celui d'un monde marin. On en vient presque à entendre le bruit des vagues. La mélodie est incroyablement reposante, on se sent comme revivifié. Lorsque l'on ferme les yeux quelques instants, on est soudain emporté dans une étendue à l'atmosphère légère, dans laquelle on respire la liberté, sur une plage, loin de toute présence de l'homme. On est seul au bord de l'eau, avec les va-et-vient des vagues et les étirements d'ailes des oiseaux pour seuls mouvements, seules traces de vie. Le temps s'est arrêté. Nous ne sommes plus au plein coeur de Lyon, mais sur une plage déserte au Japon. "Merci beaucoup !" conclue l'artiste.

Comment trouver les mots justes pour décrire les sensations, les sentiments que nous ont permis de ressentir ces trente minutes de concert de musique traditionnelle japonaise ? Ce fut une prestation certes courte mais extrêmement riche. Comment pourrait-on rester indifférents à ces sons si profonds ? En l'espace de cette demi-heure, le public a pu voyager dans le temps et dans l'espace. L'artiste n'a cessé de remercier lors de la soirée, mais finalement ce fut davantage aux spectateurs de la remercier pour ce merveilleux cadeau.


Avant le commencement de la soirée, nous avons également pu poser quelques questions à l'artiste. Voici ses réponses :

1- Nippon Project: Vous jouez du koto et du shamisen. Pourquoi le choix de ces instruments ?
Miyazaki Mieko: Vous connaissez peut-être au Japon ce genre d'instruments qui ne sont pas très courants par rapport au piano, à la guitare, etc. La musique traditionnelle japonaise n'était pas aussi puissante que les autres musiques actuelles. Peut-être est-ce la la raison.

2- NP: Vous avez eu l'occasion de jouer dans différents pays à travers le monde. Comment les différents publics reçoivent-ils votre musique ? La musique traditionnelle est telle plus difficile à exporter que des musique plus modernes comme le rock ou la pop par exemple ?
MM: En fait, la musique traditionnelle japonaise, traditionnelle pure, pour nous qui vivons aujourd'hui, c'est très contemporain. A cause de sa nature très particulière, elle ne capte pas tout le monde.

3- NP: Jusqu'à maintenant, vous avez eu une carrière très riche, ponctuée de collaborations et de récompenses. Y-a-t-il encore des choses dont vous rêvez pour la suite de votre carrière ?
MM: En fait je suis en train de travailler avec le jiuta. Le jiuta, c'est la plus vieille musique japonaise. Il y a de la musique pour le théâtre kabuki, des musiques pour les fêtes, tout cela, mais ma vraie profession est la musique de chambre. Je suis en train de travailler pour construire quelque chose avec le shamisen. Parce qu'aujourd'hui je joue beaucoup de koto avec des groupes de jazz. Mon rêve, c'est de bien interpréter de la musique pure traditionnelle.

4- NP: Enfin, auriez-vous un conseil pour ceux qui souhaiteraient entamer une carrière musicale ou artistique à l'image de la vôtre ?
MM: Pour jouer d'un instrument, il faut bien apprendre les bonnes techniques, rechercher quelques bons professeurs pour en choisir un bon afin d'apprendre un bon instrument. C'est comme le sport, c'est un geste physique, alors si on choisit un mauvais professeur, cela casse le physique. C'est très important.

Nippon Project remercie vivement les organisateurs de cette soirée pour nous avoir fait découvrir un univers unique qui mériterait grandement d'être connu, et pour avoir autorisé cette petite interview, ainsi que Miyazaki Mieko pour avoir accepté de répondre à ces quelques questions.

Pour en savoir un peu plus sur cette artiste au talent immense et sur la musique traditionnelle japonaise, n'hésitez pas à vous rendre sur son site officiel : http://www.miekomiyazaki.com/
auteur: Kuroe
dernière mise à jour: 2016-04-06